lundi 23 octobre 2017

Désinscriptions sous la pluie




Au train-train où vont les choses, je sens que je vais bientôt tomber pour une affaire de moeurs vieille de 10 ans. Ou de mes 10 ans. Ou avant. Du temps que j'aimais jouer à l'instituteur avec la fille d'amis de mes parents pour lui administrer une paire de fessées déculottées devant la classe médusée et imaginaire.

Desabre. C'était le nom de ce prof d'histoire aux allures d'escrimeur nazi. De son poing ganté de cuir, il se plaisait à frapper la paume de sa main gauche, menaçant d'un sort semblable la gueule des cancres que nous étions. Certaines nuits, je rêve encore d'interros d'histoire non préparées et j'entends alors distinctement le bruit du cuir s'abattre de peu sur mon oreiller après une esquive parfaitement réussie. Mais je sais qu'un jour, il m'aura...

Mon type de femme : celle qui dit avoir peur de ne plus me plaire.

En lisant cet écrivain, un mot me vient à l'esprit : maestria. Les formules, les fulgurances, les effets fusent. Ça éclabouse, ça mitraille sec, comme on dit chez Séria. Alors, tel un presbyte, je recule le livre de quelques centimètres et y vois plus clair. Tant pis pour lui.

Je n'attends rien ni de vous ni de personne et le dire, c'est déjà trop.

- J'ai tout de même frôlé la mort à plusieurs reprises.
- Tu exagères. Comment peux-tu le savoir ?
- Enfant, je me suis fait renverser par une voiture, ai volé en l'air, retombant sur la tête, tu n'appelles pas ça frôler la mort ?
- Comment s'en est sorti la voiture ?
- Elle n'a rien eu. C'est moi qui ai tout pris.
- Je parle du chauffeur.
- C'était une femme. Elle s'est contenté de m'offrir un paquet de bonbons ou une boîte de chocolats, je ne sais plus.
- C'est tout ?! Tes parents n'ont pas porté plainte ?
- Non, mes parents ne faisaient jamais de vague, ils se sont écrasé comme à leur habitude.
- Un geste de solidarité en quelque sorte.

Il est des imbéciles comme des esprits brillants. J'ai beau être averti, la fascination qu'ils me procurent ne manque jamais de me surprendre.

Ce n'est pas trop tôt. Pour autant, est-ce trop tard ?

A peine avais-je découvert son nouvel appartement que nous nous attrapions sur son nouveau lit comme au mauvais vieux temps d'avant notre tumultueuse rupture. Tandis qu'elle passait dans la salle de bains, j'inspectai sa bibliothèque, y récupérai un livre qu'elle m'avait volé, le glissais discrètement dans mon sac. Sur la porte de la chambre, une carte postale à l'ancienne proclamait Le Mariage attendra. Je me rappelai soudain à quoi j'avais échappé, me rhabillai et me précipitai dans la rue.

Ils n'attendent que ça. Je serais certainement accepté parmi eux si je me pliais, comme tous les autres, à cette petite comédie de la lèche. Après tout, pourquoi pas ? Encore faudrait-il qu'ils aient le cul propre. 

Chaque jour qui passe, l'avenir se rappelle à mon souvenir. Ne rêve pas, me dit-il, rien ne s'arrangera. Mais je le connais, et ne crois pas un mot de ce qu'il m'annonce régulièrement.  

Que te faut-il de plus ? Tu es connecté en permanence avec tes amis, tes suiveurs, tes commentateurs. Nul besoin de prononcer le moindre mot, de sortir de chez toi. Tu pourrais passer ta vie devant ton écran à partager, aimer, échanger, acheter, bouffer, baiser. Oui, même déféquer.

Mon type de femme : celle qui ne me croit jamais.

Je vous en prie, faites comme chez moi.

J'ai hésité à signer la pétition. Elle était tentante, cette belle cause perdue. Et puis, j'ai regardé la liste des premiers signataires et trouvé quelques noms illustres. J'ai aussitôt refermé l'ordinateur en pensant Je ne peux pas leur faire ça. 
Et s'il n'en reste qu'un, j'en passe et des meilleurs. 
Nous n'en sommes plus
très loin
rapproche-toi prends-moi
dans tes bras
laisse glisser encore quelques mains
dans mon dos et
place toutes ces
paroles inutiles
ridicules et mensongères au creux de mon oreille
plante tes ongles
dans mes yeux arrache-les
un temps
pour toujours

une dernière ligne droite à lécher
debout dans l'ombre

ensemble
jusqu'au bout

Vous n'avez pas le choix ont-ils hurlé
Tu n'en es plus très loin

éloigne-toi

entends-tu déjà le ressac

ouvre la bouche

aie confiance, oublie.

Mon type de femme : celle qui, la porte fermée, se comporte comme une chienne et court après ma queue en grognant. 
Cet auteur qui n'a de cesse de faire de bons mots mais n'utilise jamais le bon mot…

Louanges, compliments, bienveillance, peu importe la circonstance, la sincérité, l'origine. Un seul réflexe : la fuite. Entendre la manière dont les autres perçoivent, ressentent, définissent ce que je peux faire me paralyse, me les fait prendre pour d'inquiétants illuminés, de pauvres ignorants à qui je ne pourrais plus rien faire lire sans être accablé par un profond sentiment de honte.
J'arrête là, j'ai trop peur de ne pas vous ennuyer.

Charles Brun, C'est déjà ça

mercredi 18 octobre 2017

Oublis instinctifs

Nous rencontrons un jour certaines personnes avec qui nous instaurons une relation pendant un moment, parfois des années, et puis la vie se charge de tourner la page, comme si nous étions de simples annonces publicitaires, nous fait prendre des directions opposées pour ne plus jamais faire se croiser nos chemins. Cela se produit constamment, au sein de toutes les villes et de toutes les couches. Arrive le jour où de ces personnes il ne nous reste pas même un vieux numéro de téléphone, parce que, en changeant de mobile, nous avons certainement pris la décision de les effacer de nos contacts. Parfois, c'est le contraire : nous ne possédons plus qu'un vieux numéro, enfoui sous des toiles d'araignée, mais après le biiip biiip biiip, notre appel ne mène à rien si ce n'est à un plus grand éloignement. Au lycée, je suis sorti avec une fille que j'ai perdue de vue lorsque je suis entré à l'université, mais curieusement, j'ai encore en tête le numéro de téléphone de ses parents. Nous avions de longues conversations, bien qu'aujourd'hui il ne reste rien de ces propos.
Parfois, on ne peut faire autrement, nous nous demandons ce que cette fille ou ce type sont devenus, ce qu'ils font, s'ils ont acheté une maison, s'ils sont locataires, parents, divorcés, s'ils ont contracté une maladie grave, s'ils passent leur temps à voyager ou s'ils gagnent 70 000 euros par an.
Par le plus pur des hasards, il y a trois semaines, dans le métro de Madrid, je suis tombé sur Estela, une fille avec qui j'étais en première année de fac. L'année suivante, elle a abandonné la philo et s'est inscrite en physique. Nous avons alors cessé de nous voir. Nous attendions le métro sur le quai de Príncipe de Vergara lorsqu'elle s'est mise à me dévisager, et lorsqu'elle a prononcé mon nom, lentement nous avons fini par nous reconnaître véritablement. Nous nous sommes donné quelques réponses qui ne nécessitaient pas de questions, et après avoir laissé passer un métro, elle m'a appris qu'elle était de passage à Madrid. Elle arrivait de Londres, où elle avait atterri après deux ans passés sur la Base antarctique Halley, une station de recherche britannique propriété du Royaume-Uni dans la mer de Weddell. Elle m'a expliqué quel type de boulot elle y faisait, et à quel point les jours passés dans un endroit aussi peu hospitalier étaient soumis à des routines intangibles, ennuyeuses, mais qu'elle avait savourées avec un enthousiasme presque juvénil, estimant qu'aucune hostilité ne pouvait l'ébranler.
Lorsque j'ai raconté être allé au bout de mes études de philo et avoir, dans la foulée, commencé à écrire dans des journaux, la conversation s'est voilée d'une certaine tristesse, même si, au moment où elle déclara que ma vie devait être passionnante, j'ai intérieurement éclaté de rire. Nous avons réalisé que nous allions être en retard, et pris la rame suivante. Nous avons voyagé ensemble le temps de quatre stations puis nous sommes donné une accolade chargée d'adieux.
En me dirigeant vers la sortie, j'ai inévitablement repensé à cette nouvelle fascinante de Jordi Puntí dans son dernier livre, Esto no es América, que j'avais lu quelques semaines auparavant lors d'un séjour en Catalogne. La Multiplication des pains et des poissons, c'est son titre, tourne autour de la rencontre du narrateur avec un vieil ami, Miquel Franquesa, sur la promenade en bord de mer à Barcelone. Ils ne se sont pas vus depuis trois ans, et beaucoup de choses ont changé, Miquel se faisant désormais appeler Mike, par exemple. Histoire de faire le point sur leurs vies, et puisqu'ils en ont le temps, ils entrent dans le premier restaurant. Miquel affirme qu'il s'est enfin sorti de sa dépendance au jeu, même s'il travaille actuellement dans un casino. Un beau jour, Franquesa a pensé que c'était le moment de changer complètement de vie. Et que le meilleur moyen de surmonter son addiction au jeu était de quitter Barcelone et de s'installer... à Las Vegas. Il a sous-loué son appartement, acheté un aller simple et quitté sa ville. C'est alors que commence le véritable récit, mais je n'en dirai pas plus si ce n'est que Punti est un putain d'écrivain !
Une fois dans la rue, je me suis demandé quelles étaient les chances pour que je retombe un jour sur Estela. Il n'y en avait certainement aucune. Cette rencontre dans le métro avait été un vrai miracle. Nous n'avions même pas échangé nos numéros de téléphone ou nos adresses électroniques. Nos vies se construisent également ainsi, reposant sur des oublis instinctifs, jusqu'au jour où, de manière impromptue, nous nous demandons ce qu'est devenue telle ou telle personne qui fit partie de notre vie.

Juan Tallón,  ¿ Dónde está la gente ?,
chronique parue dans El Progreso, traduction maison


lundi 16 octobre 2017

L'aquaboniste



Février 2015
Mon Dictionnaire chic de philosophie est en librairie depuis plusieurs mois. Comme à chaque fois que paraît un de mes livres, ma satisfaction narcissique est assombrie par un sentiment d'à-quoi-bon, voire de remords. Même si j'ai peu de lecteurs, j'éprouve une sorte de gêne à m'exposer sous la forme de l'écrit. En fait, il en va de ce malaise comme de la timidité. Ce n'est qu'une marque d'orgueil, la crainte de ne pas atteindre la qualité que j'attends des candidats à l'écriture et avant tout celle des grands qui m'ont donné le désir d'écrire – et que je devine toujours penchés au-dessus de mon épaule quand je noircis des pages.


Frédéric Schiffter, Journées perdues, éd. Séguier, 2017

vendredi 13 octobre 2017

S'ouvrir le ventre



Faire l'amour à la fille qu'on aime, j'avais oublié, mon dieu, que c'était le seul signe que Dieu, parfois, adresse aux hommes du plus haut de ses cieux. J'ai déjà vu des fidèles, à l'église, gober quelque hostie de série. Je n'ai pas vu leur visage s'illuminer pour autant. Ils regagnaient leur place en trottinant, comme si rien en eux ne s'était produit du miracle tant vanté. La neutralité de leurs traits ne convainc pas l'incroyant.
Faire l'amour à la fille qu'on aime, c'est un sous-bois l'été, la barrette d'étain qu'un torrent accroche à pic à la montagne, les coucous de Sénart et de Mortefontaine, les senteurs du verger, c'est Dieu dans toute sa puissance, toute sa rareté. Le visage de Karen à cet instant-là était celui de Dieu. Ce n'est pas blasphémer. C'est plutôt honorer le Seigneur que de lui prêter ce visage. Je suis heureux et même bienheureux de l'avoir entr'aperçu.
Donne-moi, Skønhed, l'hostie vivante de ta langue. Je crois en toi, en un seul Dieu, qui est toi. Je t'aime. S'il existe un paradis, s'il m'est promis, ce sera avec toi, toi seule, ou rien. Avec tes yeux qui tournent. Avec ton ventre dur. Avec ton cul, mon amour.


René Fallet, L'Amour baroque, 1971


jeudi 12 octobre 2017

Lettre à la mère



Tu viens dans la nuit, quand la bonne offre ses seins
   et que le pommier est vide
   et les étoiles détruisent mon nom,
Tu viens, quand le ruisseau cesse de porter le deuil et que
                                                                           ses paroles
   gèlent dans ma fenêtre
   et les moutons devant mes rires s'enfuient dans le coin de la bergerie,
Tu viens, quand le centre du monde
   crache un courant de sang avec un gémissement,
Tu viens, quand le champ est nu et que les yeux des poissons brillent, verts,
Tu viens, quand personne ne vient, quand la bonne qui me donnait le sein
   se cache de ma gloire,
   quand elle fait scintiller ses cheveux dans la lumière
   lunaire comme des millions d'années,
Tu viens, quand ils me battent, sans connaître ma prière,
   que je dirai en commençant ainsi : « Je suis
   poussé par l'obscurité... »
Tu viens toujours, quand je suis fatigué. Je te rembourse
   ma vie avec l'angoisse,
   qui se décompose sur ta pierre tombale insensée
   au-dessus du grand mensonge de l'automne.

Thomas Bernhard, Sur la terre comme en enfer,
trad. Susanne Hommel, éd. La Différence

mercredi 11 octobre 2017

Entre oui et non

Beuford Smith via camara democratica


Etre
cette main dernière
qui n'abandonne pas

lente 
à jaillir
autre

de passage dans le jour
humain
un instant
entre oui et non

faisant diversion
d'oiseaux      comme un récit de grand-mère
avant de dormir

et nous voilà sans bruit captivés
licornes approximatives
au plus haut du peuplier

une cassure 
dans l'hiver
qu'écrire et vivre
ne sont qu'un visage

contre une porte. 

1994


Thierry Metz, Poésies 1978-1997, éd. Pierre Mainard, 2017

mardi 10 octobre 2017

La voyante






Extrait des Bukowski Tapes, de Barbet Schroeder, ed. Carlotta

Comme une abeille




L’humanité m’a toujours écœuré. Et ce qui m’écœure le plus, tout le cirque des familles, y compris le mariage, j’ai le pouvoir et je te protège, et de fil en aiguille cette lèpre gagne du terrain : le voisin de palier, de trottoir, du quartier, de la ville, du département, de la nation, chacun se raccroche au cul de l’autre, pétant de trouille et de connerie comme une abeille au fond de son gâteau de miel.



Charles Bukowski, Contes de la folie ordinaire
trad. Leon Mercadet

vendredi 6 octobre 2017

Je me hais


Je me hais quand le jour se lève, les conneries commencent... la vie longue – la mort brève – qui l'eût cru pour un handicapé de la langue – borborygme – pouic ! prix fruits et légumes – EDF/GDF – hypermarché – sécurité sociale – S.S. – S.A. – Bébé – grand–mère – voilà empêtré dans les matricules, les factures, les chiffres –
Pâte dentifrice – savon – shampooing longueur de pointe – horaire – usine – bureau – chemin long qui va du soleil à la lune – les variations de température – du berceau au linceul – des maths au boulot – du pantalon éléphant au froc tuyau de poêle – la ligue maritime et coloniale française – qui n'y est pas "mauvais français" – le maccarthysme – le soviétique – le racisme "touche pas à mon pote" – le bon soldat – le harki – le collabo – le résistant – le péché – le saint–père–le–pape – Staline – Mozart – Armstrong – Les Beatles – le rock – les émois – le sida ... ça va, toutes directions, les hippies, les punks – on ne sait plus où on en est ! Retenez vos moutons de l'azur, la langue des Muses, les lignes minuscules de la police d'assurance, l'eau chaude au quart de tour, le linge propre qui se salit tout le temps, qui s'enrhume dans le vent, le vent doux des douceurs, le vent dur qui gueule, les yeux deux qui pleurent, les amours qui tombent à la poubelle, la marguerite des seins frais, les menstrues, les orgasmes, les intestins qui se bouchent et se débouchent, les dents cariées, le teint rose qui va vers le gris, les grands écrivains qui écrivent pour ne rien dire, qui occupent le temps pour parler de la pluie et du beau temps qui n'en ont rien à faire puisqu'ils circulent en roue libre sans s'occuper des saisons, des heures, du calendrier, des mille métiers qui se bousculent pour gagner la vie perdue en activités creuses, les grands jules et les culs qui se succèdent à longueur d'écran – les parents qui ne comprennent pas les enfants, les enfants qui ne comprennent pas les parents, la vie qui gonfle et ne sait plus où placer ses détritus. Tout dégoûte, tout amuse – les rues mortes, les places pleines – le chômage et la surproduction – le crève–la–faim et le super–nanti, les raviolis, les fonds de gamelles pour les bas–fonds sans fond – les stars qui puisent le pognon dans la poche des béats babaches – le cirque permanent de la vie qui nous leurre – le rêve du rêve qui s'achève sous la racine des pissenlits – le passé, l'avenir, le style, la mode qui passe avec les passants des ans – les objets – les objeux – un homme, une femmes, ses enfants, son auto, sa moto, sa télé – ce n'est pas assez – un chien, un chat, des poissons – l'art du lard pour nourrir la culture qui ne comprend rien de ce qui arrive à ceux qui vivent entre poire et fromage oubliant les chansonnettes des derniers poètes – l'écran, le journal, le bruit, le silence de la nuit qui s'éveille, le lendemain, le jour se lève les conneries commencent – la vie est belle quand elle n'est pas triste – l'escalier roulant porte les pingouins de magasin en métro, de métro en bistrot – on boit, on mange et ça recommence pour occuper les boyaux, les doigts du temps qui file ses perles pour les yeux qui ne voient que du feu – prennent les vessies pour des lanternes – les discours pour évangile, l'évangile pour paroles qu'ils ne croient pas – ça change ça bouge et ça change ça bouge plus ça recommence c'est du pareil au même sous papier cadeau –
On se trouve avec son sac d'os dans l'emballage de peau qui ne sait où poser les gants – Ainsi on n'en finit pas d'en finir à se gratter la cervelle et l'on pense que plus on cherche à comprendre – Shakespeare et le poète bouseux – Molière et le déconneur du coin – l'écrivain public et le baratineur de mes deux – ma tante à bafouille et mon oncle branleur – le novateur pompier – le pompier de l'avenir main dans la main à la galerie Jobardat – le rigolo qui pète plus haut que son cul – le cul encombré des merdes orphiques – les putes Eurydistiques à la recherche d'un barbu à senteurs poétiques – le sac à provisions de blouseries nouvelles pour arroser les plantes du Crédit Universel – le pauvre mec qui se crève le cul pour engraisser le compte en banque – la banque qui achète la dernière connerie en sponsor – l'ayant droit qui a droit de fermer sa gueule – carrousel du samedi où nana va se faire enculer en pensant à la fin du mois que c'est excellent contre la constipation dit le médecin qui en a marre des gens qui geignent pour des points le lundi matin fatigué au point qu'il [le médecin] aux clients, leur mettrait bien le poing sur la tronche et se débarrasser vitos des jérémiades après avoir empoché le pognon – au revoir, messieurs, mesdames, merci beaucoup – c'est toujours ça de pris – et qu'on en a rien à foutre du plaignant souffreteux que son chèque – passez la monnaie, ça roule tous azimuts – en liquide – en solide, en blanc – noir – l'argent blanc vaut l'argent noir – jaune – café au lait – ou teint caca – rien à foutre du racisme – Vive la Banque de France ouvrez les cuisses du tiroir–caisse – enfoncez ça profond – pièces et billets – tout est bon pour la rue des finances qui baratine le gagne–petit – le bilieux – bigleux – l'envers et l'endroit – celui qui l'a dans le cul comprend tout de suite sa douleur – faut pas s'appeler Polytechnique pour comprendre !
Sacrilège ! Effacez–moi ça ! – Mais non – mais non – pas question – on a besoin d'air neuf – d'écriture blanche – OMO donnez–nous des lettres lavées à basse température ! Ah oui ! mais si c'est pas saignant c'est ramollo – on voudrait de la bave entre les lèvres – du tableau au goût du jour – du sperme rock – de le vulve look qui ne repassera plus – triste nouveauté ancienne à remplacer tous les ans – Remplacer quoi ? la connerie qui se lève chaque jour – limonade – menthe à l'eau et vaseline

Gaston Criel, Popoème, Les éditions du chemin de fer

Par où commencer...

Eammon Doyle via camara democratica


Dernière lutte d'une heure
la main posée sur ta fesse
droite
les emmèredes éparpillées sur l'oreiller
levé aux horreurs j'avale
quelques vers analeptiques
léchant le mur dénudé
d'appas
d'élégance
en souffrance
plâtre sur ciment
ciment sur plâtre
miel au fond de la tasse je déguste
la menthe poivrée le froid
du matin et de toutes les nuits
chatte sur l'épaule
goûte aux pesticides
à la tête du génocide
des abeilles et de l'orthographe
l'air court sous la fenêtre
d'où j'aime la regarder passer
je dormirai un autre jour.
Par où commencer...

Charles Brun, Poésie urbaine




mardi 3 octobre 2017

Désinscriptions du jour



Je ne me sens nullement représentatif de quoi que ce soit. Et encore moins de ma façon d'être.

A toutes ces personnes qui disent se sentir mal dans leur peau, je conseille toujours de consulter un dermato.

Mon type de femme : celle qui ne me rend pas sentimental.

Je sens que je vais y réfléchir à deux fois avant de proclamer mon indépendance.

Les pauses que je m'impose me permettent de ne pas réfléchir aux raisons qui me poussent à ne pas écrire davantage.

Le jour où j'oublierai de ne plus me prendre au sérieux, vous entendrez sérieusement parler de moi.

Passez-moi l'expression. N'importe laquelle.

Je la revois lors de notre premier rendez-vous,
m'attendant, encore pleine d'espoirs.

Mon type de femme : celle qui, honteuse, me demande Comment sais-tu que ça me rend folle ?

Ecoutez, on ne va pas se mentir. Je vous propose d'ailleurs que nous cessions tout dialogue.  

Je n'ai jamais mis de l'argent de côté, je l'admets. Mais je ne parviens pas à comprendre si cela est dû à un manque constant de moyens ou à une pathologie grave.

Ne comptez pas sur moi. Et pas à moins de dix mètres.

Dernièrement, les romans m'ennuient. Après quelques pages, je me déçois en lâchant un Ben, voyons... ou un Ça tombe bien, non ?... ou encore un Il me prend pour qui ?... S'ensuit la présentation à l'auteur d'un bouquet d'injures de derrière les fagots. Le romancier aura beau argumenter, la réconciliation sera, je le sais, impossible.

Mon type de femme : celle qui, au lit, m'épargne les onomatopées pornographiques de circonstance quitte à s'en faire saigner les lèvres.

Je sais malheureusement que je n'aurai pas assez d'une vie pour étaler toutes les conneries dont je suis capable.

J'en ai bien moyennement peur. A vrai dire, je m'en contrefous... 

Je tiens à ce que les choses soient claires entre nous : vous ne pensez tout de même pas être à l'origine de l'agacement qui m'habite ? Vous êtes, vous le savez bien, trop insignifiante pour cela. 

J'ai longuement cherché ma voix avant de réaliser que j'avais commis une faute d'orthographe impardonnable.


Dès que l'on me parle de Kafka, surgit inéluctablement devant moi l'image d'un mug avec, imprimée dessus en noir et blanc, la gueule de l'auteur de La Métamorphose.

Quelqu'un peut me dire si
dans les rues de Saint-Petersboug sont encore proposés aux passants des verres d'eau gratuits comme du temps de l'Union soviétique lorsque tout le monde buvait dans le même verre ?

Vous êtes sûr de vouloir mon avis ? Vraiment ? Vous ne voulez pas autre chose ? Une grimace ? Une chanson ? Un geste obscène ? Une claque ?... Réfléchissez, j'ai bien plus qu'un avis dans mon sac. Et des trucs qui ont très peu servi, quasiment neufs...
N'hésitez pas à m'oublier. De mon côté, je ne me gênerai pas pour vous maudire.

Je ne voyage plus. Non par manque d'argent, mais pour garder l'espoir qu'il reste quelque part des personnes un peu moins connes que celles que nous avons ici.

Désirant échapper à la cohue du festival, je m'étais réfugié sur le canapé d'un bar curieusement désert, disposé à lire quelques pages de poésie ou d'y faire une sieste discrète, lorsque l'on me tapota l'épaule. C'était Mick Jagger. Il avait privatisé le lieu pour quelques amis et me demandait de dégager. L'occasion était trop belle. J'ai prétendu être le barman et fini sur les rotules à cinq heures du matin.

Mon type de femme : celle qui me dit Désinscrivez-moi !


Charles Brun, Vous pouvez envoyer le bonheur

mardi 26 septembre 2017

Désinscriptions d'été tardif




J'imagine que cesseront certainement les emmerdes le jour où mes filles disperseront mes cendres au sein de la Vallée du silence, dans le Bierzo.
Mon type de femme : celle qui ment en sachant pertinemment que je sais qu'elle ment et que je sais qu'elle le sait. 

Un jour, je comprendrai mais il sera trop tard et il ne faudra pas m'en vouloir.

Son charme m'a pris en traître, et sans sommation. J'ai vite senti que mes heures étaient désormais comptées.

Ce coureur de fond kényan, parti naïvement à trop vive allure, recherchant en vain son souffle après quelques foulées et s'effondrant dans la dernière ligne droite, c'est moi.

Aujourd'hui, je ne me sens pas d'attaque. Ni de défense. A peine milieu. Remplaçant à la rigueur.

Mon type de femme : celle qui se souvient d'un film en noir et blanc, avec cet acteur-là, tu sais bien...
A la première page, par une réplique pour lui-même, le personnage principal feignait de comprendre où il était. J'ai reposé le livre, me jurant de ne plus jamais lire de romans.

Lorsque j'ai profondément ressenti ce qu'elle pensait de moi, il ne me restait d'autre choix que de creuser sa tombe.

Je lis dans le journal trouvé sur le zinc que sous peu, 10% de la population active d'aujourd'hui sera suffisante pour faire tourner la machine. J'avale mon café et, plus loin, découvre une tribune dans laquelle un ministre affirme que sa réforme est nécessaire si l'on souhaite retrouver le plein emploi. Ces contradictions apparentes donnent au spectacle un charme indéniable.

J'aurais dû faire coach d'échecs. A double titre. Vie professionnelle et vie personnelle.

Ne me demandez pas pourquoi. Demandez-lui jusqu'à quand ?

Hier encore, j'étais seul à manifester pour l'effacement de ma dette.

Mon type de femme : celle qui se réjouit de l'inespéré été tardif, de ne pas avoir encore rangé les robes légères et de reprendre les trajets à vélo.

Je suis une brute. Je ne connais pas la demi-mesure. Je mange vite. Je bois vite. Je m'emporte vite. Je me renferme vite. D'ailleurs, j'arrête là, que ça vous plaise ou pas !

Charles Brun, Vous pouvez envoyer le bonheur

lundi 25 septembre 2017

Le poète assassiné




La poésie est un cancer
qui vous empêche de bouffer
de vivre, de travailler.
Ça vous ronge tout
ça pisse partout
ça n'intéresse personne.
Y a pas d'quoi rigoler !
Vaut mieux vendre des cochons
de la soupe ou des marrons
que d'noircir du papier.
Poète ! On s'fout de vous !
Quelle référence près d'l'épicier
du charcutier et du banquier !
"Vous chantiez ! Eh bien, dansez maintenant !"
devant l'buffet et le porte-monnaie.
Vous ennnuyez les gens avec vos histoires obscures.
Il faut produire, retroussez les manches
et pas pour rablabater à zéro sous la ligne.
C'est du solide et du raisonnable dont nous avons besoin.
Une bonne constitution
l'assassinat général des pisseurs de vers, philosophes, 
romanciers et autres gâcheurs de temps.
C'est pas avec les poèmes qu'on luttera contre la dévaluation, qu'on relèvera Marianne.
Elle t'emmerde Marianne
et tous les Mariannais de la 1re à la 5e génération.
Poète ! Mais vous vous foutez du monde !
Quand on a tant besoin de programmateurs
de comptables, de vendeurs.
A l'ordinateur les Messieurs du Flore
des Deux-Magots, du Drugstore !
Allez donc faire vos vers plus loin !
C'est du gadget qu'il nous faut, 
des meubles éblouissants garantis pour longtemps,
des chausseurs sachant chausser,
des fourreurs sachant fourrer,
des banquiers sachant exploiter,
des minettes sachant baiser,
de la publicité, de la télé,
des autos et du fric, des mini-jupes, du super sexy.
J'a fini mon petit pipi.
Je m'en lave les mains !
j'ai pas l'honneur du lot,
j'suis pas Victor Hugo.

Gaston Criel, Popoème, 1976,
rééd. Les éditions du chemin de fer, 2015

vendredi 22 septembre 2017

Liberté immédiate



La chaîne des mots retient
la glu qui sort des sens
l’histoire n’a pas de sens
pas de fin aux jours gris
la ville sale
ne sait pas laver sa plaie sous la pluie.
On crache sur les murs
pour effacer la vomissure journalière
le chemin quotidien
du travail sans fin
chaîne de travail
loisirs abominables
homme devant soi-même
condamné, conditionné
jusqu’à la fin des temps.
Merde, chiotte et chiotte
à quoi ça va ton cul emmerdé
et tes couilles pendantes
sur la fosse septique
de l’usine à bras cadencés...
C’est pas jojo la popote des familles
ses résidus de fin de mois
les œufs ratés, le foutre moisi
mayonnaise de mes deux
épatée sur la merde de récupération
engrais pour notre terre à tous
pour le sale blé du mauvais pain.
Liberté immédiate nous entends-tu ?
Liberté
Liberté de dire
Liberté de faire

Dure Liberté nous entends-tu ?


Gaston Criel, Popoème, 1976,
rééd. Editions du chemin de fer, 2015

jeudi 21 septembre 2017

Tous les mêmes


Berta Vías Mahou (ou son double)

José Saéz, l'Autre, s'entretient avec l'auteure, évoquant sa vie dans l'ombre de Manuel Benítez, El Cordobés, la jalousie de celui-ci, les méthodes d'un milieu bien entendu étranger à l'environnement professionnel que fréquente la romancière…

J’imaginais sa tête lorsqu’il découvrit la une du magazine sur laquelle l’Autre, c’est-à-dire moi, apparaissait en habit de lumière à bord de l’hélicoptère (…) avec un visage et un sourire identiques aux siens. Lui qui avait dû batailler pour atteindre cette apogée. Il ne pouvait permettre qu’un autre se rapproche de ce sommet en un temps qui, pour lui, s’apparentait certainement à celui d’un battement de paupière. J’imaginais les mots qu’il avait pu adresser à Galdeano : Je veux que tu l’écrases. Qu’il disparaisse. Je ne veux plus qu’il porte ce visage. Je ne veux revoir ce visage que lorsque je me regarde dans une glace. Tu as compris ? Quand je me regarde dans n’importe quelle glace. Ou dans le verre d’une vitrine que je suis le seul à regarder. Ou lorsque l’on me prend en photo. Ou lorsque je pisse dans une flaque… 
(…) Il est parfois plus rentable d’éliminer un filon que d’essayer de l’exploiter (…) C’est alors que j’ai vraiment décidé de (…) chercher un nouveau fondé de pouvoir. Quelqu’un de sérieux. Un homme honnête. Bien que, plus d’une fois, j’aie pensé que le monde entier était pourri et que les fondés de pouvoir étaient certainement tous les mêmes. Benítez aussi s’était fait engourdir par son premier représentant, El Pipo. Ils t’invitent à un festin et, ensuite, ils passent leur vie, ou tout au moins une grande partie, à bouffer des repas délicieux et boire des vins hors de prix grâce à tes efforts et à ton enthousiasme. Ou à commander quand bon leur semble des costumes faits sur mesure chez les meilleurs tailleurs de la ville, pendant qu’ils te balancent de temps à autre une petite pièce pour prendre un taxi et rentrer chez toi. J’imagine que les éditeurs ont ce genre de pratique. Vous ne dites rien, naturellement. Bien que vous, vous n’hésitiez pas à me cuisiner.
J’imagine que les éditeurs ne se baladent pas avec un pistolet, ce que faisait l’autre sans problème, le laissant toujours bien en vue, capable de trouer quiconque s’immisçait dans ses affaires. On dit qu’à certaines personnes, il faisait parvenir un jambon pour les mettre dans sa poche, à d’autres, il envoyait ses hommes de main. Aujourd’hui encore, à la retraite depuis longtemps, il a gardé cette attitude de mafieux. Il y a peu, il a interdit qu’un film sur la vie de Manolete soit projeté à Cordoue. Il pense que la ville lui appartient. Le califat lui est monté à la tête. Ce n’est peut-être qu’une grande gueule, mais il a trop de laquais à ses côtés prêts à jouer pour lui le rôle de tueurs à gages. Bref. Qu’est-ce que j’étais en train de vous raconter avant de m’embrouiller avec les fondés de pouvoir, les éditeurs et le pistolet d’El Cordobés ?

Berta Vías Mahou, Je suis l'Autre,
trad. Carlos Rafael, éd. Séguier, 2017

mercredi 20 septembre 2017

Le romanesque avant tout !

Marc Dugain en pleine promo


Samedi prochain, au sein du vénérable Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, et dans le cadre du Festival du journal Le Monde, Rêver, se tiendra une rencontre exceptionnelle avec Marc Dugain, auteur, nous rappelle le quotidien du soir et des marchés, du célèbre ouvrage, « au succès fulgurant », La Chambre des officiers (300 000 exemplaires, 18 prix) et d’un nouveau roman de rentrée littéraire. Pour les non-parisiens, les malheureux qui ne trouveraient pas de places, les losers qui travaillent le samedi, et pour ses nombreux et fidèles lecteurs, Nos Consolations est en mesure de livrer en exclusivité les grandes lignes de cette conférence qui, à n’en pas douter, restera dans les annales de la littérature. Au moins. 

Votre parcours, Marc Dugain, est atypique. Né en Afrique, vous avez une formation d’expert-comptable, avez travaillé dans la finance, dirigé plusieurs entreprises, notamment dans l’aéronautique, et, dès votre entrée en littérature, avez connu un succès supersonique. Comme vous nous y avez habitué, votre dernier livre revisite l’Histoire, avec un grand h.
Tous mes livres sont hantés par l’Histoire, des événements tragiques, des personnages réels. Cette fois-ci, je reviens sur l’histoire du clan Kennedy, comme je l’avais déjà fait dans La Malédiction d’Edgar. Cette famille m'obsède, j'y vois une image de ma propre famille.

Un nouveau roman, donc, avec un titre visionnaire, Ils vont tuer Robert Kennedy.
Oui, je voulais qu’on comprenne immédiatement de quoi il s’agissait. Une sorte de titre-
pitch. Vous savez, c’est important, les titres, quand on est, comme moi, un écrivain de têtes de gondole. Notez bien que je n’ai rien contre les supermarchés. En tant qu’ancien entrepreneur – entrepreneur un jour, entrepreneur toujours –, ces grandes surfaces, l’argent que l'on y brasse, me font rêver – je suis en cela en parfaite adéquation avec le titre de votre festival ! (rires)

(rires) C’est très juste ! Mais revenons à nos petites affaires. Les Kennedy, ça fait donc encore rêver ?
Oui, et vendre ! C’est un peu comme Marilyn, les Beatles ou le Che. Des icônes des années 1960 – que tous les jeunes gens de ma génération, je m’en souviens comme si c’était hier, avaient en poster dans leurs chambres. Régulièrement, des émissions de télévision retracent ce qu’on peut appeler pour eux aussi, ces parcours atypiques, diverses publications paraissent également, et toutes connaissent un grand succès. Cela en dit long sur leur poids dans l'histoire des Etats-Unis et du monde... Je voulais apporter ma petite pierre à cet édifice. Et si possible, on ne va pas se mentir, en bénéficier, bien entendu. Mon précédent livre sur le sujet avait déjà bien marché. Je me suis dit pourquoi pas un autre, comme ces films franchise, Mission Impossible 1, 2, 3, 4, etc. (le cinéma, c'est important pour moi : n'oubliez pas que je suis également réalisateur !) Le premier livre évoquait John, celui-ci revient sur la personnalité de Bobby. Vous savez, il ne faut pas avoir peur d’introduire le monde de l’entreprise, celle du divertissement en l’occurrence, dans le sacro-saint univers de la littérature. Il faut vivre avec son époque, même si on en visite une autre. Bien sûr, derrière le titre, il y a un livre et dans ce livre, je dévoile quelques secrets au fil des pages.

Ce nouveau roman est un véritable brûlot. Vous n’hésitez pas à évoquer la mafia.
J’aime fouiller les faces sombres de l’Histoire, remettre en perspective. Dans Edgar, j’évoquais déjà la mafia ! Et la CIA ! Et le FBI ! C’est pareil ici. J’aime prendre des risques. Peu de gens ont parlé de complot à propos de la mort des Kennedy. Moi, je le fais. Rappelons que lorsqu’il est assassiné, Bobby s’apprête à remporter les primaires du parti démocrate. C’est comme si, chez nous, Emmanuel Macron avait été abattu lors de sa campagne triomphale aux présidentielles. Où serait-on aujourd’hui ? Qui peut le dire ? Qui, à part moi ? Eh bien, je vais vous le dire : nous nous retrouverions avec l’équivalent d’un Trump ou d'un Maduro !

Vous êtes un peu le Macron de la littérature.
J’accepte la comparaison. Emmanuel, qui est un ami, vient de la banque, de l’entreprise. Personne ne l’attendait là où il est aujourd’hui. Ce jeune homme dirige le pays comme une entreprise, mieux : comme une start-up. Son mouvement est dirigé par un conseil d’administration. C’est avec cette audace qu’il a su rassembler derrière lui des entrepreneurs, le monde de la finance, les médias, les politiciens de tous bords, et enfin les électeurs. C’est une force incontournable aujourd’hui. J’essaie de faire pareil en littérature.

Revenons à nos moutons.
C’est le cas de le dire (rires).

(rires) Dans votre roman, un personnage fictif, nommé fort justement Mark O’Dugain – faut-il y voir un double de l’auteur, comme chez Philip Roth ? Je laisse au lecteur le soin d’apporter une réponse – enquête sur les personnages réels. Ambiguïté permanente garantie. Comment avez-vous procédé pour construire votre texte ?
J’ai un Mac ! (rires)

(rires) Sacré Marc !
Trêve de plaisanterie... Mon personnage de professeur d'histoire contemporaine est d'origine irlandaise, d'où le O avec l'apostrophe. Et le K du prénom, aussi. Il est vrai que j'ai des origines irlandaises également et ça m'a bien aidé pour composer mon personnage : j'ai enquêté, longuement, je me suis documenté, aidé par toutes ces publications dont nous parlions à l'instant, par des amis journalistes, des historiens, des amis politiciens aussi, des agents secrets, et j'en ai fait une intrigue romanesque, shakespearienne, un nouveau chef-d'oeuvre qui fera date.

C'est la responsabilité de l'écrivain d'être crédible, tout en amusant la galerie – je veux dire, tout en étant un créateur, un grand créateur dans votre cas.
Oui, c'est même un devoir. Je connais trop bien les thèses complotistes pour ne pas tomber dedans. Moi, je suis surtout un artiste, un artiste-entrepreneur certes, mais un artiste. Et le public le sait. Le romanesque avant tout !