lundi 16 janvier 2017

Une investigation


Parfois je me dis : la vérité réside dans l'ennui
ou
L'ennui est la vérité même.
Ce que j'entends par là est ceci :
L'ennui n'est complice de rien, ni dupe. Il résulte de la distance qu'on a de toute chose, du vide intrinsèque de toute chose ressenti comme un mal à la fois subjectif et objectif. Il n'entre donc dans ses opérations aucune espèce d'illusion ; il remplit les conditions d'une recherche. L'ennui est une investigation.

Cioran, Cahiers 1957-1972

samedi 14 janvier 2017

L'homme fidèle





- Que veux-tu ? J'ai toujours été fasciné par les bottes des femmes. 
- Il m'a fallu attendre 10 ans pour apprendre ça.
- Et moi, 50.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- C'est en revoyant ce film que je m'en rends compte.
- Que tu aimes les bottes ?
- Oui, peut-être parce qu'elles sont rouges...
- Et qu'elle est à moto ?
- Oui, certainement...
- Et parce que c'est Stéphane Audran...
- Ce doit être ça.
- En fait, tu as toujours été fasciné par Stéphane Audran. Quoi qu'elle porte...
- C'est vrai qu'en nuisette dans l'autre film, elle est assez troublante...




- Se faire tromper par une telle femme, c'est une sorte de consolation...
- Tu dis parfois n'importe quoi, ma chérie. La seule consolation possible quand on est trompé...
- ...C'est de tromper à son tour...
- C'est ce qu'on croit, mais rien n'est moins sûr...
- Une chose est sûre en tous cas, on comprend qu'elle préfère Ronet à Bouquet...
- Bouquet est excellent en con.



- Et Ronet en amant !
- Certainement. Et la scène de la visite, quoi qu'improbable, est assez jubilatoire...


- C'est Paul Gégauff au scénario ?
- J'ai pas l'impression... Non, je viens de vérifier : ces deux films sont signés par Chabrol tout seul...
- Curieux. C'est quand même un peu dans l'esprit Gégauff...
- C'est pas lui qui est mort tragiquement ?
- Il a dit à sa copine du moment : Arrête de m'emmerder. Tue-moi si tu veux, mais arrête de m'emmerder. Quelque chose comme ça...
- Et la fille l'a flingué ?
- Oui, avoue que c'est une scène magnifiquement chabrolienne !
- Non, magnifiquement gégauffienne ! Ça fait peut-être partie de la légende du personnage...
- Une excellente dernière réplique si elle est véridique. Les Bonnes Femmes, c'est lui, non ?
- Ah oui ! C'est d'une cruauté incroyable...
- Et Audran y est encore exceptionnelle...
- C'est reparti !
- Que veux-tu ? Je suis un homme fidèle...

Initiation

Quant à l’amour, je le trouvai à dix-neuf ans, par accident, un soir d’automne que je revenais à pied de l’hippodrome d’Auteuil, par les sentiers du Bois de Boulogne. Il faisait presque nuit. Aux abords du Jardin d’Acclimatation, une femme m’accosta. Elle dissimulait autant qu’elle le pouvait son vieux visage, très fardé, sous un chapeau-cloche ; elle eût voulu sans doute s’y cacher toute entière. . .  Elle me demanda de venir avec elle, en m’appelant son petit homme. Personne ne m’avait dit cela encore. Puis, elle ajouta :
« Combien as-tu en poche ? »
Car elle me tutoyait.
Je comptais deux francs cinquante en sales coupures.
« Ça peut aller », dit-elle.
Nous nous écartâmes de la route, jusqu’à une chaise en fer.
« Assieds-toi là. . .  Tu me paieras un sandwich. . .  Après. »
Et la révélation eut lieu là. Des fauves du Jardin d’Acclimatation rugissaient à côté. Moi, je ne dis rien. Ce ne fut pas, d’ailleurs, de l’amour véritable, mais seulement un simulacre rapide, du bout des lèvres, et comme avec quelque négligence de sa part. Pourtant, c’était la première femme qui s’agenouillait ainsi devant moi. L’amour véritable, je le connus plus tard, mais jamais plus peut-être une telle gentillesse.
Après, elle cracha par terre, sans dégoût, puis nous allâmes ensemble à la Porte Maillot où, dans un bistrot, au comptoir, elle mangea un sandwich au jambon de bon appétit. J’avais hâte de la quitter car elle était vraiment très vieille, et il me semblait que les autres se fichaient de moi.
C’est dans ces conditions que je fus initié, pour le prix d’un sandwich au jambon. Ensuite, je n’avais plus qu’à continuer. . .  

Henri Calet, Le Tout sur le tout, 1948

vendredi 13 janvier 2017

Du cinéma pour les oreilles

Brocardé par les critiques de la future Nouvelle Vague, et Truffaut en particulier qui lui préférait le pétainiste Renoir, le Lillois Julien Duvivier n'est certes pas l'équivalent d'un Ford, d'un Bresson ou même d'un Hitchcock. Mais certains de ses films sont incontournables (La Tête d'un homme, La Bandera, Pepe le Moko, La Fin du jour ou bien entendu La Belle Equipe, que Renoir d'ailleurs essaya de lui piquer...)
Dans un univers assez noir, il a dirigé de sacrés monstres comme Louis Jouvet, Victor Francen, Charles Vanel, Harry Baur, Michel Simon, évidemment Jean Gabin plusieurs fois, Viviane Romance, Madeleine Renaud, Dita Parlo, et même Vivien Leigh et racontait sa vie dans le poste en 1957 : son arrivée à Paris juste avant la Première guerre mondiale, pour y faire du théâtre, son expérience de comédien, sa rencontre avec Antoine, ses premiers pas au cinéma, art auquel il avoue ne rien connaître...
Et dire qu'il avait mauvaise mémoire...
France culture a eu la bonne idée de rediffuser les quatre premiers entretiens la nuit dernière. On peut les écouter ci-dessous, ou les podequaster ici.







Deuxième partie de ces entretiens de Charles Ford et René Jeanne. Duvivier revient sur ses voyages (le Canada, le Maroc, l'Algérie, l'Italie, l'Allemagne, les Etats-Unis) et fait part de l'aide préciseuse de Franco (!!!), homme très cultivé (re !!!), pour le tournage de La Bandera
 

mardi 10 janvier 2017

Les mots sont importants



Paradoxe est le nom que les sots donnent à la vérité.

José Bergamín, Lettre à Miguel Unamuno,
cité par Clément Rosset, Le Choix des mots

dimanche 8 janvier 2017

La Maison de l'honnêteté


Graeme Mitchell


Un po' di tempo fa Nancy era senza compagnia
all'ultimo spettacolo con la sua bigiotteria.

Nel palazzo di giustizia suo padre era innocente
nel palazzo del mistero non c'era proprio niente
non c'era quasi niente.

Un po' di tempo fa eravamo distratti
lei portava calze verdi dormiva con tutti.

Ma cosa fai domani non lo chiese mai a nessuno
s'innamorò di tutti noi non proprio di qualcuno
non proprio di qualcuno.

E un po' di tempo fa col telefono rotto
cercò dal terzo piano la sua serenità.

Dicevamo che era libera e nessuno era sincero
non l'avremmo corteggiata mai nel palazzo del mistero
nel palazzo del ministero.

E dove mandi i tuoi pensieri adesso trovi Nancy a fermarli
molti hanno usato il suo corpo molti hanno pettinato i suoi capelli.

E nel vuoto della notte quando hai freddo e sei perduto
È ancora Nancy che ti dice - Amore sono contenta che sei venuto.

Sono contenta che sei venuto.

Ce texte est la version italienne de Seem so Long Ago, Nancy, de Leonard Cohen, dans l'adaptation qu'en avait faite le grand Fabrizio de Andrè. 



Et voici, une interprétation de l'originale par son auteur. Ces sympathiques gestionnaires du site d'hébergement de vidéos de la maison Gougueule ayant bloqué celle mise ici hier, en voici une, autorisée, en image fixe de la pochette de l'album Songs From a Room. (quand je pense que le moindre crétin interprétant dans sa cuisine cette chanson et en postant la vidéo est considéré comme respectant les droits d'auteurs, j'ai comme des envies de meurtre…)




Comme il n'existe aucune raison de se priver du texte dans sa version anglaise, je le mets ici. 
It seems so long ago,
Nancy was alone,
looking at the Late Late show
through a semi-precious stone.
In the House of Honesty
her father was on trial,
in the House of Mystery
there was no one at all,
there was no one at all.
It seems so long ago,
none of us were strong ;
Nancy wore green stockings
and she slept with everyone.
She never said she'd wait for us
although she was alone,
I think she fell in love for us
in nineteen sixty one,
in nineteen sixty one.
It seems so long ago,
Nancy was alone,
a forty five beside her head,
an open telephone.
We told her she was beautiful,
we told her she was free
but none of us would meet her
in the House of Mystery,
the House of Mystery.
And now you look around you,
see her everywhere,
many use her body,
many comb her hair.
In the hollow of the night
when you are cold and numb
you hear her talking freely then,
she's happy that you've come,
she's happy that you've come.
Et puis, enfin, hommage au site de Patrice Clos, sa traduction française par Jean Guiloineau.
Cela semble si loin,
Nancy était seule.
Elle regardait le tout dernier programme
à travers une pierre semi-précieuse.
Dans la Maison de l'Honnêteté,
on jugeait son père.
Dans la Maison du Mystère,
il n'y avait personne.
Il n'y avait personne.


Cela semble si loin,

aucun de nous n'était bien costaud.

Nancy portait des bas verts

et couchait avec tout le monde.
Elle n'a jamais dit qu'elle nous attendait bien qu'elle fût seule.
Je pense qu'elle tomba amoureuse de nous

en mille neuf cent soixante et un.

Mille neuf cent soixante et un.
Cela semble si loin,
Nancy était seule.

Un quarante-cinq à côté d'elle

et un téléphone silencieux.

Nous lui avons dit qu'elle était belle.

Nous lui avons dit qu'elle était libre.

Mais aucun de nous ne la rencontrerait

dans la Maison du Mystère.

La Maison du Mystère.

Et aujourd'hui, tu regardes autour de toi.
Tu la vois partout.
Beaucoup se servent de son corps.
Beaucoup peignent ses cheveux.
Et au plus profond de la nuit,
dans le froid et l'engourdissement,
tu l'entends parler librement.
Elle est heureuse que tu sois venu.

Elle est heureuse que tu sois venu.

mercredi 4 janvier 2017

C'est tout ce que j'avais à te dire


Je sais très bien que c'est inutile
tout cela
que tu veux en rester là
que rien ne te fera changer 
de sentiment 
que tu t'es faite ton idée
à mon sujet
sur notre histoire
et la fin comme tu dis
des derniers espoirs
que tu es fatiguée
des renoncements et des promesses
des gueulantes et des caresses
des sourires et des nuits
sans sommeil...
Je sais bien que tu penses
mériter mieux
tu es encore jeune
moi aussi à ton âge
et même un peu plus tard
j'y ai cru
mais que veux-tu
c'est loin derrière
tout cela
et j'ai bien peur que
pour toi aussi
ce soit foutu
crois-moi
sèche tes larmes
la crise est mondiale
je dis ça pour ton bien
tu n'arriveras à rien
sans moi
c'est tout ce que j'avais
à te dire
cette fois
je vais trouver du travail et
ensemble
on y arrivera

Charles Brun, Poésie urbaine

lundi 2 janvier 2017

De la dignité


Un rentier peut être sceptique, un industriel être un réaliste persuadé de la nécessité absolue du salariat, de la division de la société en classes comme en nations, de l'existence nécessaire des armées permanentes et des guerres périodiques. Mais l'ouvrier, persuadé que le salariat, le travail moderne sont l'équivalent de l'escavage antique, est atteint fortement dans sa dignité. Il ne peut accepter sa condition qu'avec une foi profonde dans le progrès social ou la révolution.
Mon père était un résigné. L'usine lui semblait manquer de justice avec les vieux travailleurs. Ses chefs l'avaient irrité. Il avait vécu plus simplement sa vie de brave homme : un peu d'amertume, aucune révolte. Il n'avait pas eu besoin du bon Dieu pour affermir ses pas. Dans les moments de doute ou de fatigue, boire un peu plus ce jour-là lui avait suffi. Ah ! Que j'aurais voulu ressembler à mon père.
Georges Navel, Travaux, 1945

vendredi 30 décembre 2016

Et encore…


Immanquablement
après tout ce
chemin
lorsque je pense
par hasard
à celui que j'étais dans ma
jeunesse
ou même dix ans
en arrière
à quarante ans
j'éprouve une profonde
répugnance
pour cet homme
ce jeune
homme
cet étranger
inévitablement
et encore 
je ne raconte pas 
tout
je ne pense pas à 
tout
à toutes et à tous
certainement
ce qui me console
est de penser
que je ne serai pas
dans dix vingt ans
trente ans
pour penser
par hasard
à l'étranger 
que je
suis
aujourd'hui.
Charles Brun, Poésie élastique



A bras ouverts (et coups de pieds dans le cul)





Ça tombe bien, Christian, en avril les Français sont appelés aux urnes...

mercredi 28 décembre 2016

Santé, Clément !


- ...Remarquons enfin que l'allégresse, celle de l'ivrogne, de l'amoureux, de l'artiste, du philosophe, implique une voyance. Pas seulement un amour, mais aussi un sentiment du réel. Dans l'allégresse, le réel se présente tel qu'en lui-même : idiot, sans couleur de signification, sans effet de lointain. Présence du réel qu'aucun regard sinon allègre n'est capable d'approcher de si près...   
- ...Vous lisez qui ? Vous lisez qui, là ?
- ...Je vous lis vous, Clément Rosset...
- ...J'ai écrit des choses... des choses aussi gentilles ?
- ...En sorte que l'allégresse n'est pas seulement un mode de réconciliation avec la mort et l'insignifiance. Elle est aussi un moyen de connaissance, une voie sûre d'accès au réel...
C'était hier chez Adèle et ça se podequaste ou s'écoute dans son intégralité ici



mardi 27 décembre 2016

Au coeur de l'hiver


débarquée au début de l'hiver
mille neuf cent quatre-vingt-quatre
vite assise à mes côtés
en comprenant que j'étais le meilleur
du cours
quand je compris que je lui plaisais
j'étais fasciné par sa grande classe
moi qui connaissais rien à l'élégance 
ni aux filles
blondes, de Monaco, maquillées, aux formes
un peu arrogantes
elle copiait sur moi aux interros
je lui lisais Eric Blair
elle créchait vers Passy
devant le flipper
du bar d'en bas
Pascal m'a un peu prêté
quand elle m'a proposé un ciné
prends deux autres billets
con, pense à après...
Je flottais sur les flocons
des Champs-Elysées
pas très en forme
après une nuit sans sommeil
elle m'attendait
m'a souri
on s'est fait la bise je tremblais
quand je lui ai filé un vinyl
pour elle volé
alors elle m'a présenté trois autres
potes qu'elle avait rameutés
que des prénoms composés
j'ai glissé devant le ciné
le film c'était Kaos
contes siciliens
je n'ai rien suivi
ai peut-être même dormi
sur le trottoir ils ont annoncé
aller boire un chocolat chaud
j'aime pas les bars
et je digère pas le lait 
j'ai dit
et claqué le fric de Pascal
en sautant dans un taxi
et prenant ma première cuite
avec Mes Amis
cette nuit
de l'hiver de l'année
mille neuf cent quatre-vingt-cinq

dimanche 25 décembre 2016

Une tâche surhumaine


Ce qui est difficile, c'est de créer indistinctement des êtres purs et vicieux, de transporter le lecteur dans une humanité, réduite évidemment, mais aussi complète que celle que nous voyons autour de nous. C'est une tâche surhumaine. Mais c'est celui qui, dans cette vie, ira le plus loin qui aura été le plus utile à ses semblables. 
Emmanuel Bove

Pitre Nobel

Il y a quelques années, l'ami Zimmerman, ne reculant devant aucune pitrerie, se livrait à l'exercice des chants de Noël en enregistrant un album dont les bénéfices furent reversés à des associations caritatives. Malgré mon aversion toujours plus grande pour cet événement commercial annuel, j'avoue me bidonner et être saisi d'une soudaine envie de danser (et de boire, voire de me battre…) en revoyant cette vidéo irrésistible… Et puis, si on ne la regarde pas aujourd'hui, alors quand ?


vendredi 23 décembre 2016

Pépères et Mémère

Les vieux cabots font semblant d'improviser. Renoir le pétainiste, surtout, a l'air complètement largué, vieux bourgeois antisémite encanaillé, encore un peu, en la compagnie de l'érotomane fameux… Peu importe, on regarde et écoute pour Bernard Dimey et sa Mémère…



mercredi 21 décembre 2016

Sujet orphelin


Des sources de radiocativité artificielle se perdent, se volent, sont abandonnées, sont recyclées un peu partout dans le monde.
Dans la région de Tchernobyl, des milliers d'habitations ont été pillées. Le butin a été revendu au marché noir. Près de la forêt rousse des milliers de tonnes de matériel contaminé ont été abandonnées dans 800 fosses. Aux abords de la centrale, le parc des véhicules abandonnés a également été pillé. Des milliers de camions, de chars, de grues, d'hélicoptères, qui faisaient vibrer les dosimètres à plus de 100 m de distance. Personne ne se soucie plus des bus imprégnés de radionucléides qui ont transporté les réfugiés hors de la zone interdite.
A Fukushima, les réfugiés paient les chimpara, des voyous, pour récupérer leurs biens et leurs véhicules contaminés et les sortir de la zone interdite. Le tarif est d'environ 300 euros.
Cette remise en circulation de matériaux radioactifs échappe à tout contrôle. Les aciéries indiennes peuvent très bien fondre de la féraille avec du matériel volé à Tchernobyl. Les tôles et les clous vendus sur le marché seront radioactifs. En avril 2001, une cargaison de métaux non ferreux radioactifs avait été saisie dans le port de Vladivostok (…)
En décembre 2013, deux individus volent dans une camionnette du matériel médical destiné à un centre de stockage de déchets radioactifs à Maquixco (Etat de Mexico). Ils l'ignorent et disparaissent dans la nature avec leur butin. Aussitôt le forfait découvert, un périmètre de sécurité est établi. On doit les retrouver au plus vite. Ils ont commis une erreur. Un des colis contenait du cobalt 60. Ils l'ont ouvert. Ils sont gravement contaminés et risquent de crever si on ne leur met pas rapidement le grappin dessus. Et ils essaiement de la radioactivité sur leur passage. Cet événement mettait l'accent sur un problème passé sous silence. D'importants stocks de matières radioactives sont laissés sans surveillance particulière dans des hôpitaux, des universités, des usines et divers sites. Un « sujet orphelin » a déploré le président de l'ASN en 2015 (…)
En 2009, parmi les divers incidents relevés en France, on a mentionné un colis de type A, à usage médical, contenant de l'iode 131, qui a été perdu lors d'un transfert par avion et un colis contenant une source de césium 137 qui a été volé dans un véhicule en stationnement. Dans ces deux cas, les colis ont définitivement disparu dans la nature et « les conséquences ne sont pas connues ».

En 2012, on a dénombré 17 cas de possession illégale et de tentatives de vente de matériel nucléaire, essentiellement de l'uranium, et 24 cas de vol et de perte. Mais ces chiffres ne représenteraient que 10% du trafic mondial.

Jean Songe, Ma Vie atomique, éd. Calmann-Lévy, 2016
Une excellente idée de cadeau pour les fêtes : 19€ seulement !


mardi 20 décembre 2016

Ce n'est pas moi


L'auteur de son infortune

Car le monde est le monde.
Et il n'écrit pas d'histoires
qui se terminent dans l'amour.
– Stephen Spender

Je ne suis pas celui qu'elle prétend. Mais
il y a une part de vrai : le passé est
distant, une côte qui s'éloigne à l'horizon,
et nous sommes tous dans le même bateau,
un rideau de pluie couvrant les couloirs maritimes.
N'empêche, je voudrais qu'elle ne continue pas
de dire ces trucs-là sur mon compte !
A la longue,
seul l'espoir vous retient encore, puis
lui-même relâche sa prise.
Il n'y a jamais assez de rien
tant que nous vivons. Mais par intervalles
une douceur survient et, si on lui laisse sa chance,
s'impose. Il est vrai que je suis heureux à présent.
Et ce serait pas mal qu'elle 
puisse tenir sa langue. Cesser
de me haïr parce que je suis heureux.
De me rendre coupable de la vie qu'elle a. J'ai peur
qu'elle me confonde dans son esprit
avec un autre. Un jeune homme
sans caractère, vivant de rêves,
qui jurait de l'aimer toujours.
Qui lui avait offert une bague, et un bracelet.
Qui disait, Viens avec moi. Tu peux me faire confiance.
Des trucs de cet ordre-là. Ce n'est pas moi.
Elle me prend, comme j'ai dit,
pour un autre.


Raymond Carver, Poésie,
trad. Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso et Emmanuel Moses,
éd. L'olivier, 2015